Dell'Umiltà in san Benedetto



RB 7 : l’humilité (De humilitate)

         
          Chapitre capital, « moelle de la doctrine ascétique de la RB » (Aranguren et Colombas, p.289) ; « expression parfaite de la spiritualité monastique » (Dom Delatte, Commentaire p. 118) ; « résumé de toute la doctrine de S. Benoît sur l’ascétisme » (Dom Butler, Benedictin Monachism, p. 52) ; « chapitre de la ‘theoria’, au sens antique du terme, c’est à dire de la contemplation »…(A. L’Huillier, Explication…).
Difficultés de l’approche
          On constate une certaine perplexité des commentateurs devant ce chapitre :
1.  Pour Dom Butler, Benoît équipare « humilité » et « ascétisme » ; le concept d’humilité recouvre beaucoup plus de signification que le sens habituel d’humilité : il s’agit du « renoncement à un degré héroïque » (o.c. p. 53).
2.  Pour Dom Delatte, Benoît entend l’humilité dans le sens d’une « vertu générale mère et maîtresse de toute vertu », comme « l’attitude qu’adopte habituellement notre âme devant Dieu, devant soi-même, et devant les autres ».
3.  Pour I. Rygland, l’humilité pour S. Benoît, c’est l’attitude habituelle de l’homme qui, accordé à Dieu, se soumet à Lui et à tous les ordres divins avec espérance » (« L’humilité selon S. Benoît », 1934).
4.  Pour Dom A. Louf, « ce n’est pas seulement une étape » du parcours monastique, mais l’humilité « englobe toute l’expérience monastique  et tend à se convertir en expérience chrétienne et monastique fondamentale ». L’humilité chez S. Benoît est un « concept extraordinairement ample » (la théologie récente, à la suite de la scholoastique, en a considérablement réduit l’amplitude…) ; voir « Cahiers Monastiques », n°37, p.200-204).
     Il s’agit donc d’une réalité spirituelle  très différente de ce que l’on entend communément parmi les moralistes et les auteurs ascético-mystiques d’occident. Elle ne peut se réduire, comme le voudrait S. Thomas (cf. IIa IIae q.161), à une simple contension des appétits de l’orgueil, qui trouverait sa place parmi les subdivisions de la « modestie », elle-même n’étant qu’une partie de la vertu de « tempérance ». Il est à remarquer que B. Häring, dans « La Loi du Christ », T.I, assigne à l’humilité un espace beaucoup plus vaste ;  il en fait une des vertus cardinales du chrétien, immédiatement après les quatre vertus cardinales traditionnelles : prudence, justice, force et tempérance.

Humilitas
     Humilis (lat.), tapeinos (grec) = bas, petit, pauvre, servile déprécié.
     L’article « humble », de P. Adnès, dans le DS T.7, 1136-1187, donne deux acceptions possibles de l’humilité, mais, comme expression d’un idéal moral et religieux, il ne se trouve que dans le seul lexique des auteurs chrétiens :
Ø      1ère acception : petitesse, bassesse, oppression, disgrâce, humiliation, opprobre ;
Ø      2ème acception : humilité, modestie, vie humble, disposition d’esprit diamétralement opposée à toute espèce d’orgueil, de présomption, de vanité, d’autosuffisance, et qui imprègne toute la vie de celui qui « suit le Christ ». S. Augustin l’exprime clairement dans l’Ennar.in Ps 31, II, 18 :
« Cette eau de la confession des péchés, est l’eau de l’humiliation du cœur… ; elle ne se trouve dans aucun livre des étrangers (à la foi chrétienne) ; ni chez les épicuriens, ni chez les stoïciens, ni chez les manichéens, ni chez lzs platoniciens. Chez eux tous, on parle de grands préceptes sur la manière de vivre et la discipline ; cependant, on ne rencontre pas cette humilité-là. Le filon de cette humilité-là provient d’une autre carrière ; elle émerge du Christ ».

L’humilité dans l’A.T.
     L’humilité qui est l’essence même du Sermon sur la Montagne, s’enracine dans la tradition biblique. La Bible hébraïque se sert des mots anawah, les LXX de tapeinos. Les pauvres, les petits les humbles, jouissent des faveurs de Dieu (cf. Jdt 9, 11 ; Jos 7, 1ss ; 2 Sam 24 etc…)
     Cette necessité même dans laquelle ils se trouvent, les ouvre à l’espérance en l’aide divine (cf. Jb 5, 11 ; Ps 9, 14 ; 18 , 28 ; 107, 12 etc…). « Dieu abaisse les orgueilleux ; Il élève les humbles »…
     L’état d’humiliation et de misèreseul ne suffit pas à attirer les grâces de Dieu, mais c’est la confiance en Lui et la conscience du pauvre d’être totalement dépendant de Dieu, qui dispose celui-ci à l’écoute bienveillante.
     Dans les écrits de l’exil et post-exiliens (c. à d. après 587), « la figure religieuse idéale est l’humble, qui ne met pas son espérance dans les biens terrestres mais en Dieu seul, en qui est reconnu le Bien Suprême » (Arang. Colomb.).
     Prophètes et Maîtres de Sagesse enseignent l’humilité (cf. Is 57, 15 ; 66, 2 ) ; « le fruit de l’humilité c’est la crainte de YHWH (Adonaï), richesse, honneur et vie » (Pr 22, 4).
     Chez Ben Sira, l’umilité acquiert un rang bien déterminé dans l’idéal moral ; elle est accessible à tous les israélites, au pauvre comme au riche. Elle se trouve très intimement liée à la pauvreté : les humbles par excellence sont les anawim, les « pauvres de YHWH ».
     La LXX traduit le anav hébreu par praus [et non par ptokos – mendiant, ou pénes – pauvre d’esprit]. Nous pouvons traduire le plus souvent anawim par « humbles ». Dans le texte biblique, l’anav est mis en relation avec la justice (cf. Soph 2, 3), avec la crainte de Dieu (Pr 15, 33 ; 22, 4), et avec la foi ou la fidélité (Sir 45, 4 ; 1, 27 ; Nb 12, 3).

L’humilité dans le N.T.
     L’Evangile de l’enfance est peuplé d’anawim : Siméon, Anne… Cette spiritualité des « pauvres de YHWH » culmine en Marie : « Dieu a regardé l’humilité de sa servante ». « Il renverse les puissants de leurs trônes, Il élève les humbles »  (cf. Lc 1, 48-52).
     « Dans le N.T., la Parole de Dieu se fait chair pour conduire l’homme à la cîme de l’humilité qui consiste à servir Dieu dans les hommes, à s’humilier par amour pour glorifier Dieu sauveur des hommes » (M.F. Lacan, VThB, « Humilité »).
     Jésus se présente comme le Messie des pauvres, des humbles, des anawim (ptôkos), c. à d. de ceux qui non seulement connaissent l’insécurité de la « pauvreté économique », mais se veulent et se savent pauvres d’une « pauvreté naturelle », totalement dépendants de Dieu, Créateur et Provident, Maître et Seigneur de la Vie. Jésus incarne cette double pauvreté : pauvreté devant Dieu son Père, mansuétude envers les hommes :
« Ce qui est élevé parmi les hommes est en abomination devant Dieu » (Lc 16, 15).
     « Je suis pauvre (anaw) et humble (tapeinos) de cœur » (Mt 11, 29).
     « Humilité radicale du Christ par rapport à son Père en sa condition de Messie, et humilité fraternelle faite de compréhension, de modestie, et de mansuétude par rapport aux hommes » (A.Gélin, « Les Pauvres de YHWH »). Lhumilité fraternelle se manifeste concrètement par l’esprit de service (cf. Mt 20, 28 : « Le Fils de l’H. est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude »). En Mt 25, 40 il est explicitement affirmé : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Il ne se préoccupe pas de sa propre gloire (cf. Jn 8, 50) ; il laisse ce soin à son Père. Et il s’abaisse jusqu’à laver les pieds de ses disciples (cf. Jn 13).
     Jésus fut le « Maître en humilité par sa parole et par son exemple » (S. Augustin, Serm. 62, 1).
     S.Paul, en reprenant une hymne liturgique, parlera de la kénose (ekenôsen) de Jésus, de son dépouillement de lui-même, du vide de soi dans « l’obéissance jusqu’à la mort et la mort de la croix » (cf. Ph 2, 6-11). Et la Communauté chrétienne, exhortée par S.Paul, est appelée à « avoir les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5).
     L’humilité est la vertu chrétienne par excellence. Elle consiste dans l’effacement de soi pour librement choisir la volonté de Dieu reconnue dans l’appel à choisir le bien et à rejeter le mal, au jugement appréciatif de notre conscience. L’Esprit Saint nous appelle au « jusqu’au bout de l’amour de charité » (cf. 1 Co 13). L’humilité est le présupposé à l’amour-charité.

L’humilité chez les Pères
Ø      Athanase: pour lui, « l’humilité consiste en une attitude intérieure dont le Christ est le modèle » (cf. De virg.3, 5).
Ø      Basile:   l’humilité est « service du prochain » (Lettre 219, 2 ; 22, 2 ; Hom. 20, 7).
Ø      Jean Chrysostome :  elle est « mère » (Ad Stag.1, 9 ; Hom./Mt 38, 2…).
Ø      Jérôme : « elle est la gardienne de toutes les vertus » (Ep. 148, 20).
Ø      Origène : elle se trouve dans le Xt qui est « le Maître de l’humilité » (in Lév. 10, 2).
Ø      Augustin : Le Christ est le Magister humilitatis et le Doctor humilitatis (De sancta virgin.ch. 31-33 ; Tract. In Iohan. 25, 16 et 19) :
     « Les philosophes l’ignorent. Le Verbe nous l’enseigne dans son Incarnation; elle est la trajectoiredu Verbe fait chair ; elle est son chemin. Elle est le signe du Christ, le résumé de toute la sagesse chrétienne ».
     A remarquer qu’Augustin attribue l’humilité du Christ à la nature divine du Verbe. Il parle – bien avant François Varillon -  de « l’humilité de Dieu ». La grande leçon de l’Incarnation est l’humilité. Le Verbe ne pouvait pas s’humilier davantage qu’en prenant la nature humaine : toute la vie de Jésus est une leçon d’humilité, en particulier sa Passion et sa mort sur la croix. (cf. P. Adnès: “L’humilité, vertu spécifiquement chrétienne d’après S. Augustin » ; RAM 28 (1952), pp. 208-223).

     Quelques expressions augustiniennes :
« N.S.J.C. a daigné s’humilier jusqu’à mourir sur une croix pour enseigner le chemin de l’humilité » (Contr. Ep. Parmen. 3, 2, 5).
« Il fut crucufié pour t’enseigner l’humilité » (Tract. In Iohan. 2, 4 ; 36, 4).
« L’ humilité est la reconnaissance de la propre réalité humaine et le propos délibéré d’accomplir pleinement la volonté de Dieu » (Tract. In Iohan. 25, 16), « dans l’esprit de la sainte enfance » (Serm. 253, 2, 1) ; « la pauvreté d’esprit, fondement de toutes les vertus, conduit avec sécurité à la perfection selon Dieu » (Enarr. In Ps. 130, 4).
     « L’humilité consiste par dessus tout à suivre le Christ, c’est à dire à imiter son humilité ‘ (Tract. In Iohan. 25, 16), à savoir conserver,en la reproduisant, la même attitude vis à vis de Dieu et vis à vis des hommes.

L’humilité dans le monachisme primitif
     L’humilité dans le monachisme primitif est « le sens et la fin de toute ascèse » (A. Dihle). « Sentir humblement », est « la plus éminente des vertus du moine »… « la seule vertu dont Satan ne puisse se prévaloir » (Cal Suhard). Elle est « la Porte de Dieu » (Abba Poemen), « la couronne du moine » et « la médecine de toutes les plaies » (Pacôme).
     « L’humilité est l’imitation du Christ » (Ps. Basile ; cf. Basile, R.b.tract. 172).
     Chez Cassien et les Anciens en général, elle constitue moins une vertu « qu’un esprit qui pénètre toutes les vertus » (Inst. 12). L’humilité est la disposition fondamentale de toute perfection chrétienne, et en même temps son couronnement.
     Elle en vient à désigner, de façon métonymique, le monachisme lui-même et la vie monastique : elle correspond à une attitude spirituelle profonde et sincère qui accompagne et confère une authenticité chrétienne à toutes les œuvres, à tous les efforts, à toutes les ‘vertus’ du moine. C’est pour Cassien cette disposition d’âme que l’on désigne par humilité (humilitas) : « l’humilité s’acquière par le mépris et la privation de toute propriété » (Inst. 4, 39).
     Le parfait dépouillement (nuditas) est la condition nécessaire à la véritable humilité (cf. Inst. 12, 31). Pour être humble, il convient de « coller à l’humus ». Ce n’est qu’en passant par un état de radicale pauvreté et d’indigence que l’on passe de l’humilité imposée par la nécessité (humilitas ex necessitate) à l’humilité qui fleurit en vertu (humilitas uirtutis) : celle qui consent à « descendre » (con/descendre) à « la véritable humilité du Christ » (Inst . 12, 25), et qui « reçoit en son cœur la simple et véritable humilité du Christ » (Inst. 12, 27). « L’humilité du Christ » est aussi l’objet de la profession monastique.
     Le schéma d’Evagre , d’après Inst. 4, 39, est le suivant :
Crainte de Dieu  Þ          Humilité                   Þ          Charité parfaite
(timor Dei)                        (humilitas                         (apatheia, puritas cordis)
                                           conuersatio/conuersio)

     La véritable humilité se définit donc comme l’esprit qui anime la « vie pratique » (uita practica) entière, toute la manière de vivre du moine (disciplina), tout ce qui conduit à la perfection de la charité.
     L’humilité signifie – à l ‘époque où Benoît composa sa Règle (vers 540) – la réponse de l’homme à l’attitude intime et profonde du Christ : elle était imitation du Christ (cf. Ph 2, 5). Elle se traduira surtout en obéissance puisque l’humilité du Xt s’exprima en une obéissance filiale parfaite à la volonté du Père.
     L’imitation du Christ, c’est l’humilité. S. Augustin en était l’interprète lorsqu’il disait :
« Là où est la charité, là est la paix ;
là où est l’humilité, là est la charité »
(ubi caritas, ibi pax ;ubi humilitas, ibi caritas).
     Ce qui fonctionne selon le schéma :
                            Humilité            Þ             Charité                Þ          Paix

Le cri de l’Ecriture (cf. RB 7, 1-4).
     La pierre de fondement du « Traité sur l’humilité » est Lc 14, 11 :
                                 « Tout homme qui s’exalte sera abaissé ;
                                 et qui s’humilie sera exalté » (cf. 1 Jn 4, 18).
     Ce verset de l’Evangile est présenté comme un cri retentissant de l’Ecriture (clamat). Benoît prend la parole pour faire œuvre de « prédicateur » : il fait une homélie, en style parénétique ; c’est le « Maître » (magister) et le « tendre père » (pius pater) qui exhorte ses fils. L’idée fondamentale est celle qui procède d’un regard contemplatif de la Passion et de la Résurrection du Xt : c’est par l’humilité que l’on parvient au ciel, puisque c’est la voie qu’a choisie et suivie le Christ (RB 7, 7).
     L’image de l’échelle et des degrés est reprise par Cassien. Le très psychologue Benoît se montre aussi un excellent moraliste. Mais il prend soin de ne rien avancer que ne confirme l’Ecriture : ce que son expérience lui révèle, l’Ecriture le vérifie, et réciproquement. Cette confrontation permanente est une méthode proprement bénédictine. Le garant suprême est l’Ecriture, Parole de Dieu ; le témoignage de la conscience pure y correspond et l’avalise.
     Le choix du Ps. 130, 1-2 est significatif de la manière pédagogique dont Benoît présente ce redoutable programme ascétique : il choisit le Ps. le plus tendre du psautier, le plus court aussi (après le Ps. 116), donc facilement mémorisable et que l’âme berce volontiers dans ses épanchements secrets. Le Ps. 130 touche les racines de l’être par la thématique du rapport mère-enfant. Benoît part de l’attachement le plus viscéral pour conduire au détachement total. Dieu se comporte comme une mère vis à vis de son enfant (sur la « maternité » de Dieu, voir Is 49, 14-16 ; Os 11, 4…). Comme la mère qui éduque son enfant, Dieu retire momentanément la douceur sensible de sa Présence nourrissante à qui s’exalte, afin de le ramener à l’humilité, condition de maintenance de l’union et de sa pureté.
L’échelle de Jacob (RB 7, 5-9)
             Partant de la Parole de Dieu, Benoît en tire aussitôt une conclusion normative :
« Si donc frères  (unde fratres), nous voulons atteindre le suprême sommet de l’humilité et parvenir rapidement à cette exaltation céleste à laquelle on  parvient par l’humilité de la vie présente, il nous faut dresser et gravir par nos actes cette échelle (de Jacob) »…   (vv.5-6).
     L’humilité est « une descente des hauteurs ». Elle s’oppose radicalement à l’orgueil (cf. Grégoire de Nysse, « Vie de Moïse », 280 ; SC 1 p. 296). L’orgueil est «une montée vers le bas ».
     Cette image de l’échelle de Jacob, Benoît l’a peut-être empruntée à Théophile d’Antioche (+vers 180), dans sa « Lettre pascale », reprise et traduite par Jérôme (Ep. 98, 3). Mais il l’a peut-être aussi tout simplement tirée de Gn 28, 12-13.
     Traitant de la « montée vers la perfection », Jean Cassien parle de degrés et d’ordre (Inst. 4, 39) ; et lorsqu’il annonce le passage de l’humilité à la charité parfaite, il se sert de l’expression « gradu excelsiori » (degré excellent ). Il parle aussi de « degrés d’humilité » en Inst. 11, 10, et de « degrés de pureté » en Conf. 12, 7 (cf. Conf. 14, 2).
     Cette allégorie de l’échelle est très ancienne, antérieure même au christianisme (voir DS, art. « Echelle Spirituelle »). L’échelle a été interprétée par les anciens en relation avec les 4 sens de l’Ecriture : 1er degré = le sens littéral ; 2ème degré = le sens allégorique ; 3ème degré = le sens tropologique ou moral ; 4ème degré = le sens anagogique ou eschatologique. C’est un thème spirituel majeur. Pour la RB, les anges qui montent et qui descendent sont un symbole de la montée par l’humilité et de la descente par l’orgueil , dans la vie spirituelle.
     L’échelle symbolise « notre vie en ce monde présent » (v.8). Dans les deux montants, Evagre voit la vie ascétique et la vie mystique (cf. Cent. 4, 43). Grégoire de Nysse compare le corps et l’âme à deux parois sur lesquelles se superpose la pierre angulaire, le Christ (De perfectione) : ce qu’exprime bien, déjà, le Ps. 130, 1 cité au début du ch.7, lorsqu’il est parlé du cœur (l’intériorité de l’h.) et des yeux (l’extérieur de l’h.) ; image double qui sera reprise au 12ème degré, où le moine est décrit « les yeux baissés (defixis in terram aspectibus)…se répétant sans cesse en son cœur (dicens sibi in corde semper illud…) – vv.63-65. Il y a correspondance parfaite entre l’h. intérieur et l’h. extérieur.

Les douze degrés d’humilité
     Le décompte des degrés n’est pas identique selon les Pères :
Ø      S. Jérôme en retient 5.
Ø      S. Jean climaque en recense 30 (cf. « L’Echelle du Paradis »).
Ø      S. Benoît en établit 12, comme le Maître (cf. RM, ch . 10).
     Le ch. 7 de la RB reproduit l’itinéraire spirituel qui va de la crainte à l’amour parfait à travers l’humilité et ses diverses manifestations. Il s’agit d’une transposition des « indices » de Cassien, dans le célèbre « Discours de prise d’habit » attribué à l’Abba Pinufius (cf. Inst. 4, 32-43 ; indices en 4, 39, 2). Les « indices » n’étaient que 10. Benoît ajoute un premier « indice » et clot la liste par un « douzième » pour arriver au chiffre parfait de 12. Mais, chez Cassien, ces « indices » sont destinés à aider l’Ancien à discerner chez le disciple les progrès accomplis, ou du moins la disposition  (une notion essentielle chez Basile) de celui-ci vis à vis de l’humilité. Benoît brouille les pistes qui mèneraient trop aisément à sa source (Cassien) et, plutôt que d’ « indices », il parlera de « degrés » (gradus, RB 7, 9 + 13 autres emplois au même ch.7). Il réélabore ces « degrés » indicatifs et les enrichit par un recours constant à l’Ecriture pour fonder scripturairement ses assertions : c’est la Parole de Dieu qui interpelle le moine sur l’humilité de sa vie.
     De plus RB « christianise » d’une certaine manière les « indices » de Cassien. Ainsi, « l’amour du bien » de Cassien devient chez Benoît « l’amour du Christ ». Chez Benoît, l’échelle de Jacob prend un aspect fondamentalement religieux. C’est l ‘appel de Dieu qui invite à la gravir. Le premier et le dernier degrés, absents chez Cassien, se réfèrent explicitement à Dieu. La crainte de Dieu, selon Cassien, précède et engendre l’humilité. Pour Benoît, la crainte de Dieu constitue un élément intrinsèque et fondamental de l’humilité : être humble implique révérence et soumission à Dieu, ce qu’est la crainte de Dieu.
     Il ne faut pas chercher dans les divers degrés une succession chronologique dans le progrès de l’un à l’autre. Le progrès se réalise dans le passage de la crainte à l’amour. Tous les degrés sont des aspects de la « vie pratique » ou « active » qui y prédisposent. Il y a néanmoins un certain enchaînement logique, et il est possible d’opérer un regroupement autour de la volonté, de l’intelligence, de la conduite extérieure.
     L’échelle de l’humilité va donc de la crainte de Dieu à l’amour parfait, à travers cette même crainte de Dieu (1er degré), l’obéissance (degrés 2 à 4), l’abaissement (degrés 5 à 7), l’esprit de silence (degrés 9 à 11), et le comportement général extérieur imprégné de véritable et profonde humilité (12ème degré).
     Les 7 premiers degrés concernent la conduite intérieur du moine humble. Les 5 derniers, sa conduite extérieure.

Le premier degré d’humilité
     Remarquons son étendue : il constitue à lui seul tout un petit traité. Les thèmes s’entrecroisent sans cesse :
Ø      La crainte de Dieu (v.10)                                                                le ciel (accomplisst)
Ø      Le souvenir des commandements de Dieu et ses effets =
                                                                                                                      l’enfer (inaccomplist)
Ø          Le renoncement qui s’en suit
§         A tous les vices et aux maux divers (péchés de pensée, de langue, d’action – main et pied – de volonté propre, de désirs charnels) : vv.12-18 ; 24-25.
§         La raison invoquée : Dieu nous regarde constamment, bons ou méchants (vv. 13-17 et 23) ; et les anges Lui rendent compte de nos actes.
§         Remarquons l’insistance toute particulière sur le renoncement à faire sa volonté propre : vv. 11-22 ; c’est bien là le cœur de l’ascèse bénédictine qui ouvre à l’amour.
§         Benoît reprend l’ensemble dans une récapitulation aux vv. 26-30, avant de passer au 2ème degré.

     Le thème de la crainte est fondamentalement biblique. La crainte de Dieu est « le commencement de la sagesse » et sa consommation (cf. Si 1, 14-20 ; Pr 9, 10 ; Ps 110, 10). Rien n’échappe au Seigneur qui est partout présent (cf. Ps 138).
     Cassien fait de la crainte de Dieu « le principe de la conversion » (Inst ? 4, 39).
     Basile considère la crainte de Dieu comme le climat de toute la vie spirituelle du moine, insistant sur « le souvenir de Dieu » (mnémè Théou).
     Benoît reprend cet enseignement reçu de la Bible et de l’expérience : « se souvenir toujours » (semper sit memor) ; « fuir tout oubli » (obliuionem omnino fugiat) ; « repasser constamment en son esprit » (animo suo semper euolvat). Benoît s’inscrit donc bien dans cette double ligne à la fois scripturaire et traditionnelle.


Degrés 2, 3, et 4
Ø      Nous sommes incorporés au Christ par le baptême ; c’est pourquoi nous voilà provoqués à faire le pas décisif du renoncement à notre volonté propre (à notre amour-propre), pour faire la volonté du Père (ce qui Lui plaît, son eudokia) comme Jésus l’a faite.
Ø      Il existe une gradation perfaite entre les 4 premiers degrés de l’échelle de l’humilité : le moine se pénètre d’abord de la crainte de Dieu (1er degré) et de la nécessité de renoncer à l’exercice de sa volonté propre (2ème degré) ; il décide alors de continuer à se mettre sous les ordres d’un supérieur, ce qui ne peut s’entreprendre que pour l’amour de Dieu, pro Dei amore (3ème degré) ; finalement, il accepte toute sorte d’obéissance aussi dure et peineuse qu’elle soit (4ème degré).
Ø      Mais en toute cette descente, c’est le Christ qui lui est donné comme modèle et comme accompagnateur, à l’opposé d’Adam qui voulut « s’égaler à Dieu ». Toute la place est ici laissée à l’imitation du Christ qui tient dans la RB une place tout à fait centrale. Benoît n’emploie le verbe  imitari que pour parler de l’imitation du Christ obéissant au Père. Il ignore le substantif imitatio. Ainsi est marqué le dynamisme de l’imitation chrétienne du Christ, fondement de la vie monastique.
Ø      Les références scripturaires sont très prégnantes : ce sont les paroles même de Jésus qui sont rapportées au 2ème degré, puis celles de Ph 2, 8, sommet de l’obéissance kénotique du Christ. Le 4ème degré équivaut à « une mort sur la croix » signifiée déjà en finale du Prologue (v. 50) : « participons par la patience aux souffrances du Christ » (passionibus Christi per patientiam participemur). Cf. vv. 35 et 42-43 de RB 7, où la vertu de patience – en référence à la Passion – est particulièrement sollicité.
Ø      Les degrés suivants seront le développement de cette rédemption par la croix, de cette pauvreté spirituelle à tous les niveaux et dans tous les comportements qui manifeste notre configuration au Christ.
Ø      Au v. 35 (« Qu’il embrasse la patience dans le silence de sa conscience » ; tacite conscientia patientiam amplectatur), le terme de « conscience » (conscientia) est un apax, un mot uniquement employé ici dans la RB. Peut-être s’agit-il de mettre en relief l’intériorité de l’obéissance qui n’est rendu qu’à Dieu par les intermédiaires humains mandatés. La conscientia bénédictine est l’équivalent de « l’intime du cœur » (interior cordis) chez Cassien (cf. Conf. 16, 22), c. à d. du centre le plus profond de l’être humain. Le moine entre alors dans cette union au Christ silencieux et souffrant vivant sa Passion rédemptrice : c’est le « martyre de l’obéissance et de l’humilité, la relève du « martyre de sang », le « martyre spirituel ». La vie monastique apparaît donc, dans la mouvance de la doctrine bénédictine sur l’humilité, comme un quasi « martyr » (un témoin du ‘jusqu’au bout de l’amour’).

Degrés 5, 6, 7
     Avec le 4ème degré, nous avons touché le fond même de l’humilité. Les trois degrés suivants expriment l’humble reconnaissance du moine devant son indigence spirituelle :
Ø      5ème degré : la confession des fautes
Ø      6ème degré : la confession joyeuse du constat de son indigence en toute œuvre entreprise.
Ø      7ème degré : la confession sincère et profonde du bien de ce qui humilie et abaisse afin d’apprendre l’obéissance à la Loi divine.

     Il est possible aussi de regrouper par thèmes les 7 premiers degrés :
1.      l’humilité-crainte de Dieu ® 1er degré ;
2.      l’humilité-obéissance ® degrés 2, 3 et 4 ;
3.      l’humilité-humiliation ® degrés 5, 6 et 7.

     L’humiliation consiste à déclarer sincèrement à son Abbé (ou à son Père spirituel, comme le prévoit le Droit Canon) ses péchés cachés, et même les mauvaises pensées, selon Jean Cassien (Inst. 4, 39). La manifestation des pensées fait partie du noyau le plus primitif de la spiritualité monastique. Les « pensées » ou logismoï (impulsions, passions) furent, depuis le début, la grande préoccupation des anachorètes comme des cénobites ; c’est la sagesse même du « désert ». Evagre le Pontique (+399) s’y attèlera avec ténacité et en fera une classification (voir son Traité des logismoï, SC 438). Cassien en transmettra la doctrine à l’occident. Mais seuls les pères qui possèdent le charisme de discernement des esprits peuvent réaliser ce juste discernement auprès des moines qui sont assaillis de pensées sans être capables de les distinguer clairement. Benoît y fait allusion en parlant de « mauvaises pensées » (cogitationes malas, v. 44).
     C’est en fait à un acte de foi prodigieux qu’est appelé le moine : reconnaître dans l’Abbé, considéré ici comme le Père spirituel doté du charisme de discernement, le Seigneur Christ lui-même. Les citations de l’Ecriture en font foi : confesser ses fautes ou pensées mauvaises à l’Abbé, c’est les confesser au Seigneur lui-même. Nous sommes-là en économie sacramentaire, en plein réalisme de l’Incarnation. Les choses les plus spirituelles se réalisent par la médiation sacramentaire, signe efficace de grâce : telle est la voie ecclésiale.

     Le 6ème degré reproduit le 7ème « indice » de Cassien (Inst. 4, 39). Remarquons que le support scripturaire justificatif est particulièrement réaliste (Ps 72, 22-23). Le « se disant à lui-même » (dicens sibi), est un témoignage de l’identification du moine avec le psalmiste humilié et gardant l’espérance.

     Le 7ème degré affirme ce que l’expérience confirme : le sentiment de son indigence est un repère pratique de la croissance dans l’humilité ; le croire vraiment à l’intime du cœur, et non plus en se contentant de la confesser de bouche, est un signe de réel progrès dans l’ascension de l’échelle de l’humilité. La citation du Ps 21, 7 indique que cette reconnaissance de son néant devant Dieu n’est assumable que dans l’intime union au Christ souffrant (Christus patiens). Et c’est le seul moyen de pouvoir le dire en vérité.

Les 5 derniers degrés d’humilité
     Après l’aspect intérieur de l’humilité qui s’enracine dans le cœur du moine (degrés 1 à 7), Benoît en vient à l’aspect social de l’humilité qui procède lui aussi du cœur profond mais se manifeste dans le comportement communautaire. Le 8ème degré (fidélité à la règle commune et à l’exemple des anciens) correspond au 6ème indice de Cassien. Remarquons qu’à la communis regula de Cassien, Benoît ajoute un mot significatif : communis monasterii regula, la règle commune du monastère. Il ne s’agit donc plus de la doctrine commune, de la discipline traditionnelle des cenobia égyptiens, mais très précisément du « coutumier » du monastère, et encore plus nettement de la RB elle-même ; en un mot, il s’agit de l’obéissance ponctuelle à la Règle des moines dont l’exemple des anciens devrait être un reflet vivant, une illustration.
     Ici pas de références scripturaires pour appuyer l’injonction : c’est une sentence ferme, sans recours, absolue, qui revêt un radicalisme évangélique dont la Règle ne veut être que l’interprétation. Ce caractère absolu exclut toute innovation intempestive, toute frénésie de nouveauté. Benoît est l’homme de la Tradition vivante qui seule assure un réel progrès et engendre la créativité. « Pas de progrès sans Tradition », disait Pie XII. Donc pas d’accommodation à la Règle commune, mais une convertion permanente qui exclut tout laxisme.
     Les degrés 9, 10 et 11, relatifs à l’esprit de silence, n’apportent rien de nouveau ; ils ne font que reprendre ce qui fut clairement énoncé au ch. 6 et dans le groupe des « instruments du bon travail » (RB 4, 51 à 54) :
Ø      le 9ème degré invite à « mettre un frein à sa langue » ; cela procède de la sagesse séculaire (cf. Sir 19, 4-12 ; 20) ;
Ø      le 10ème degré vise à réprimer le rire facile et bruyant ;
Ø      le 11ème degré, plus positif, enseigne à parler avec mesure.
     Le 9ème et 11ème degrés s’inspirent du 9ème indice de Cassien [« s’il refreine sa langue et n’élève pas la voix » ; cf. Pr 10, 19 : « Abondance de paroles ne va pas sans faute ; qui retient sa langue est prudent » (cf. Pr 13, 3) et Ps 139, 12 : « le bavard ne prospèrera pas sur la terre »]. Une parole d’Ancien recommande de « ne pas parler avant d’y être invité » (Verba Seniorum, PL 73, 915). Il faut bien le reconnaître : le rire est mal considéré dans le monachisme primitif (cf. Sir 21, 20 : « le sot éclate de rire bruyamment ; le rire de l’homme sensé est rare et discret »).
     Le 10ème degré reproduit le 10ème indice de Cassien (« s’il n’est pas enclin ni prompt au rire »). « L’homme sensé se reconnaît à la parcimonie de ses paroles » RB 7, 60-61).

Le 12ème degré, sommet de l’échelle
     Là s’esquisse la silhouette du moine parvenu à la plénitude de l’humilité : celle du publicain de l’Evangile. Ce 12ème degré est en lien avec le premier degré sur « la crainte de Dieu ». Benoît procède par une sorte d’inclusion. Parvenu au 12ème degré, le moine se considère partout et toujours « comme déjà assigné au redoutable jugement de Dieu » (v. 64 ; comparer les vv. 12 et 64). Le souvenir des péchés passés maintient le moine dans l’humilité et dans l’action de grâce pour la miséricorde que Dieu a eu pour lui. Au 1er degré, le moine « se garde à tout instant du péché ». Au 12ème degré, « il se sait à tout instant coupable de ses péchés ». Surprenant progrès ! Atteingnant enfin la conscience de son péché, il est donc enclin à s’en remettre au « Dieu des miséricordes », ce qui a pour effet de décharger sa conscience et donc de le désenclaver de son « moi » ; il est libéré d’une culpabilité sans issue : c’est l’expérience du salut opéré par  grâce.  Notons le paroxysme : au 12ème degré, la libération totale s’obtient dans un accablement apparent sous « la crainre de Dieu » (timor Dei). C’est le point de départ de l’ascension spirituelle.

Epilogue (RB 7, 67-70)
     Comme l’échelle de Jacob (Gn 28, 12), l’échelle de l’humilité conduit à « l’exaltation céleste » (v.5). Pour décrire de ciel seulement accessible aux humbles de cœur, le Maître emprunte beaucoup à la Passio Sebastiani, apocryphe qui lui est cher (cf. RM 10, 92-122) : longue description ampoulée et redondante. La RB, au contraire, maintient l’échelle de l’humilité à l’intérieur des limites du progrès spirituel en cette vie (cf. P. Deseille, Collect. Cisterc. 21, 1959, pp.289-301).
     Particularité de cet épilogue : Benoît ne suit plus ici les « indices » de Cassien, mais dans les mêmes « Institutions », le passage parallèle où Cassien décrit « la pureté du cœur » comme but (skopos) de la vie monastique, pour atteindre la  fin (telos) qui est le Royaume de Dieu. Pureté du cœur à laquelle Benoît fait manifestement allusion au v. 70 : « Le Seigneur montrera cela dans son serviteur, purifié grâce à l’Esprit-Saint de ses vices et de ses péchés ».
     Pureté du cœur dont l’équivalent, chez Evagre, est l’apatheia ou agapè, fin et couronnement de la practikè ou « science  pratique », commencement de la theôrètikè ou « science  spirituelle » ou « contemplation ». Le schéma est donc très « traditionnel » :
1.      Crainte de Dieu-humilité
2.      Extirpation des vices et acquisition des vertus
3.      Connaturalité acquise dans le Bien ; Charité qui « chasse dehors la crainte » et la peur de la Géhenne ; èsukia = tranquillité, paix en Dieu.
     La marque personnelle de Benoît se trouve encore signifiée dans l’ultime phrase (v.70): « Ces choses-là, le Seigneur daignera les manifester dans son serviteur…grâce à l’Esprit-Saint ». L’effusion de l’Esprit-Saint suit la purification du cœur ; mais il est l’Auteur de tout ce parcours du début à la fin. Il ne gonfle cependant que les voiles des cœurs humbles déployées par la foi (cf. Hilaire de Poitiers, De Trin. I, 37). Benoît rejoint ici en une synthèse majestueuse les deux traditions spirituelles du monachisme « savant » (doctus) illustré par Evagre et Ammonas, et du monachisme « simple » (simplex).
     S.Benoît ne veut pas aller au-delà. Sa Règle ne veut être qu’une « ébauche » pour « débutants » (cf. RB 73, 1). Comme Cassien dans ses Institutions, il n’élobore pas une théorie de la contemplation, mais il en trace les chemins d’accès, en restant près du réel, liant toujours ensemble « pratique » et « théorie ». Les cîmes de la sainteté et de la « vie parfaite » seront espérées dans la constance discrète de l’ascèse. Pour le reste,  Benoît renvoie à Cassien (Conférences ; voir RB 73, 5 et 8) où se trouve esquissée la doctrine traditionnelle et complète de la contemplation. Il y envoie le lecteur en RB 42, 3 (cf. De Vogüe, Collect . Cisterc. 27, 1965, pp. 89-107 : « La RB et la vie contemplative »).

Conclusion
     L’humilité (humilitas) rejoint le concept d’ascétisme et coïncide avec lui, dans la mesure où humilitas signifie avant   tout imitation du Christ dans sa kénose d’obéissance jusqu’à la mort et la mort de la croix (Ph 2, 6-11). Non pas une imitation extérieure, mais imitation par communion intime aux propres sentiments de Jésus : sentire – phronein – in se quod et in Christo Iesu (Ph 2, 5). Il ne revendiqua pas son égalité de nature avec Dieu : il s’en désaisit (ekénôsev), préférant notre pauvreté à la gloire qui était la sienne afin de nous en enrichir : humilité qui marque un « excès d’amour », « alors que nous étions encore pécheurs (cf. Rm 5, 8).
     Le Christ fait route avec le moine tout au long de l’ascension des 12 degrés. Notons que la perspective de Jérôme, commentant le Ps 119, est différente : « La montée est rude et fatigante ; le découragement commence à se faire sentir, dès le 5ème degré… Ne te décourage pas, ô homme ! Voici qu’au 15ème degré, on rencontre le Seigneur : il te regarde, et te vient en aide »… Pour Benoît, le Christ est présent du 1er au 12ème degré, très spécialement au 4ème puisque c’est le plus ardu, l’aspect crucifiant de l’obéissance se faisant plus sentir.
     Dès le 2ème degré, l’imitation du Christ est fortement soulignée par la citation de Jn 6, 38 : « Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé ». Au 3ème degré, c’est Ph 2, 8 qui est cité : « Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort ». Au 4ème degré, degré du martyre de l’obéissance, les citations du Ps 43, 22 et de Rm 8, 37 renvoient aussi au Christ.
     Posséder l’humilité du Christ, avoir en soi les sentiments qui furent siens, implique de s’appuyer sur lui, de boire avec lui le calice de la Passion et de mourir mystiquement avec lui de la mort de la croix.
     Au 6ème degré, le moine humble prononce lui-même, en se les appropriant, les terribles paroles du Ps 72, 22-23 :
« Je suis réduit à rien et je ne sais rien ; je suis devenu comme une bête de somme devant Toi ; mais moi, je suis toujours avec Toi ».
     Et au 7ème degré : « Je suis un ver non pas un homme, la dérision des gens et le mépris du peuple ».
     Au 12ème degré : « Je me suis courbé et humilié jusqu’à terre ». Il n’est pas possible de s’humilier davantage. C’est pourtant à ce point extrême que le Christ, « qui était dans la forme de Dieu » est allé. Dans le Christ, l’abaissement a atteint la limite extrême : nul homme ne pourra plus descendre plus bas, parce que nul homme n’est venu de si haut. Il a atteint « le sommet de la plus haute humilité » (summae humilitatis culmen …  RB 7, 5).
     Alors le moine parviendra, avec le Christ et en lui, « à cet amour de Dieu qui, devenu parfait, chasse la crainte » (RB 7, 67). C’est l’œuvre de la grande transformation spirituelle du croyant docile à l’Esprit-Saint. L’imitation du Christ, qui est une configuration ontologique, atteint alors sa perfection dans cette anticipation de la gloire déjà participée dans la foi. A la kénose du Christ fait suite l’exaltation glorieuse (Ph 2, 9).
     Le sommet de l’humilité coïncide avec la perfection de l’amour exprimé dans l’obéissance filiale au Père. Le chemin du Christ – et donc du moine avec le Christ – est antithétique à celui d’Adam qui voulut « s’égaler à Dieu »  de lui-même et par lui-même. L’homme est appelé à la « divinisation » ; elle se réalise dans le Christ et par lui qui est « le chef de notre foi et qui la mène à sa perfection » (Héb 12, 2).
     Cette œuvre de l’Esprit dans l’homme de bonne volonté qui se repend et se convertit, est la suprême « épiphanie de la grâce », la manifestation de la Puissance de Dieu en ce monde, et de sa divine pédagogie :
« Dieu résiste aux orgueilleux ; Il donne sa grâce aux humbles »
(Pr 3, 34 ; Jc 4, 6 ; 1 Pi 5, 5).

Anglican Benedictines


Anglican Benedictines

Select Web Resources and
Directories from
The Order of Saint Benedict


Monastic Communities following the Rule of Benedict

Religious Communities following a modified version of the Benedictine Rule

Select Web Resources:

Recommended!General | Directories | Liturgy and Prayer | Religious Life
Cathedrals of England and US

Liturgy and Prayer


Canterbury
Chester
Coventry
Durham
Ely
Gloucester
Norwich
Peterborough 
Rochester
Saint Alban
Westminster AbbeyLondon
Winchester
Worcester
York Minster
US Cathedrals of Note

Directories

Religious Life

General


Monastic-L is an unmoderated discussion list focusing on professed religious life in the Anglican communion. Monastic-L-digest is the digest form of Monastic-L. To subscribe, send the message: subscribe monastic-l or subscribe monastic-l-digest to <najordomo@justus.anglican.org>.
Illustrations are used only for educational purposes:
"The Compass Rose," designed by Canon Edward West, NYC, is the symbol of the Anglican Communion. The example above is based on a version in brass at Canterbury Cathedral designed by Giles Bloomfield. The Greek inscription translates to "The truth shall make you free."
Abbot with veiled crosier by Abp. Bruno B. Heim (Apostolic Delegate to the United Kingdom, 1973-86), Heraldry in the Catholic Church,(Humanities Press, 1978) 61. © Copyright 1978 by B.B. Heim..
Please address comments, questions or suggestions to Mr. James Edward Mackay OblSB, liturgical musician and organist, .

 
Valid CSS!Valid XHTML 1.0 Strict
Rev. 08 Mar 2011 © Copyright 1996-2011 by OSB, MN 56321-2015 /  www.osb.org/intl/angl/index.html